Parcours

 

Jauk  est nĂ© au Maroc, le 10 juin 1944, Ă  Casablanca au cĹ“ur du Mellah.

Dès sa petite enfance, il est plongĂ© dans les rĂ©alitĂ©s culturelles, cultuelles, sociales et familiales

de Casablanca, melting-pot de l’après seconde guerre mondiale.

 

De mère marocaine juive andalouse (Sarah Mechaly), Ă  3 ans, Jauk est orphelin de son père d’origine judĂ©o-amazighe (Simon Elmaleh). Il est Ă©levĂ© ensuite dans la culture occidentale judĂ©o-chrĂ©tienne et rĂ©publicaine par son père adoptif Émile Poissonnier, retraitĂ© haut fonctionnaire cofondateur de l'Ă©lectricitĂ© du Maroc au dĂ©but du Protectorat. Il intègre une famille recomposĂ©e chaleureuse qui lui donne une Ă©ducation ouverte.

 

Le foyer et la conjoncture des Trente Glorieuses Ă  Casablanca furent le berceau de sa culture plurielle. Il fut Ă©duquĂ© dans les classes bourgeoises et modestes Ă  la fois. De double nationalitĂ© franco-marocaine et d’une curiositĂ© sans limites et avec son raisonnement puisĂ© Ă  diffĂ©rentes sources, il dĂ©couvre le monde Ă  travers le son, les bruits, les vibrations qui occupent sont esprits. 

 

Très jeune il dĂ©bute Ă  l’harmonica, il chante et danse, il joue des percussions marocaines. Il est polymorphe de la joie.

 

A treize ans, bon batteur polyvalent, il dĂ©bute en professionnel et forme son premier groupe : Les Blues Angels Band. Bien avant la lettre, il  se crĂ©e sa section musique-Ă©tudes. Avec la rencontre du jeune guitariste Francis Lortet, c'est aux Abattoirs de Casablanca que le groupe de Jauk va s'Ă©toffer. Grâce aux conseils du docteur vĂ©tĂ©rinaire Flore Arthenay, jazzman, crooner, guitariste, un atelier improvisĂ© dans sa villa de fonction va croĂ®tre et se dĂ©velopper. "Les Anges Bleus" (Les blues Angels) deviennent le groupe "Les Jaguars". 

 

En 1962 son groupe "Les Jaguars" enregistre deux 45T (La voix du Maghreb).  En juin, il joue en avant première de Johnny Hallyday aux arènes de Casablanca. Vedette au "Village" et autres clubs de la corniche casablancaise, et chaque Ă©tĂ© en Espagne Ă  Marbella, le groupe enchaĂ®ne les saisons plusieurs annĂ©es avec des reprises de rock et les prĂ©misses d'une fusion afro-europĂ©enne.  

 

Premier passage tĂ©lĂ©visĂ© au "TĂ©lĂ© club" sur la RTM, chaque semaine Ă  partir de 1965. Son surnom de " Gnaoui blanc" lui sera donnĂ© par le directeur de la SNRT, Larbi Essakali quelques annĂ©e plus tard. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ă€ 18 ans (1962) il est pris par une « tempĂŞte intellectuelle Â». Il dĂ©couvre les trois phĂ©nomènes rythmiques fondamentaux, les trois tempĂ©raments ou trois mizaines (en arabe), appelĂ©s aussi les trois chorĂ©es (mot grec) universelles.

 

Animé d’un besoin musical créatif, il est amené à des écoutes et à des observations de rythmes Ahouachs, Gnaouas et de diverses musiques ethniques. Il commence un véritable travail de regroupement de motifs et de phrasés musicaux, pour finalement restituer sur sa batterie, les percussions des bigs bands afro marocains.

 

En 1968, il s’installe Ă  Paris et profite d'un entourage dans le milieu artistique qui croient en lui. Il croise le chemin de Vanoye Aikens, acteur et chorĂ©graphe amĂ©ricain et il fait ses premiers pas dans le monde de la danse professionnelle entant que musicien-accompagnateur.  Dans les mois qui suivent, il frĂ©quente le Centre AmĂ©ricain du boulevard Raspail, la Schola Cantorum et le Maison des Jeunes et de la Culture de Colombes. Il monte son premier groupe parisien le « 6/8 Ensemble". Il  inscrit  son Dakka Jazz dans le Free Jazz et le jazz europĂ©en, fier de son identitĂ© culturelle, multi facettes. 

 

En 1970, il progresse dans ses recherches et crĂ©e la ChorĂ©o*, rythme et danse. Dans un 33T intitulĂ© ActivitĂ© ChorĂ©omusicales, il expĂ©rimente et partage ses concepts et sonoritĂ©s comme outils et support d'ateliers de perfectionnement pour les danseurs, mais aussi Ă  destination d'un public plus large qu'il rencontre en banlieue parisienne.

 

En 1972, il intègre le groupe Free Dance Song , « Confluences Â», « Clivages Â», New Tone Experience. Puis la compagnie de Carolyn Carson (Groupe de Recherches de l’OpĂ©ra de Paris) qu'il accompagne jusqu'en 1975. 

 

Orfèvre de la percussion en général, il entreprend sa révolution culturelle à contre courant des tendances et jette sa passerelle entre la France et le Maroc. Pour célébrer la musique et porter la voix, Jauk sort les tambours, saxophones, contrebasses, djembé, OSNI, etc., suite à ces concerts spectacles, performances, mises en scène, festivals, tournées, et créations diverses.

 

A l'époque des Nass El Ghiwane, Jil Jilala, Idir, Djudura et autres figures de la scène issu de l'immigration maghrébine, avant la progression du Rai. Les pionniers de cette scène artistique s’exportent en France et apportent leurs facettes métissées du Maghreb dans le répertoire français et parisien. Armand Lemal devient le caméléon Jauk Armal, son nom de scène dans le Jazz et la chanson.

 

IndiffĂ©remment, il travaille pour des ballets et concerts « Jazz contemporain, africains Â», des stages de danses et « d’atelier rythme Â». Il entreprend des cycles d’animation dans les Ă©coles et s’occupe de la formation musicale d’enseignants et d’animateurs pour les enfants. Il sillonne la France  et les pays avoisinants avec ses ateliers dans les maisons des jeunes en province, se rapprochant peu Ă  peu de l'enseignement de la danse.

 

Jauk avec ses succès novateurs, contre vents et marĂ©es, eut comme tĂ©moins de grands artistes et journalistes de l'Ă©poque et de nombreuse radios françaises ont suivi sa progression. Sa notoriĂ©tĂ© s'estompe alors que beaucoup de musiciens de sa catĂ©gorie choisissent de partir aux Etats-Unis, lui prĂ©fère rester entre les deux rives de la MĂ©diterranĂ©e. 

 

Artiste au service des Arts et de la formation, il est nommé président de l’association "Danse en Sorbonne" (IV) et il y enseigne sa Choréo.

 

Dans sa dĂ©marche de travail en chorĂ©ologie, Armand Lemal rejoint la quĂŞte d’anthropologues comme Marcel Jousse, et quelques autres universitaires musicologues et chorĂ©ologues qui alimentent les recherches en musicologie, ethnomusicologie. le dĂ©veloppe le concept de chorĂ©osophie et utilise ses nĂ©ologisme pour aborder son sujet.

 

Après douze annĂ©es le premier cursus danse en UniversitĂ© Ă  la Sorbonne s’arrĂŞte. De nombreux laurĂ©ats de ce cursus investissent alors le secteur privĂ© des Ă©coles et des instituts de danse dans toutes les grandes villes de France et d’autres universitĂ©s. 

 

Il accompagne et coache Carolyn Carlson dans le Groupe de Recherche de l’OpĂ©ra de Paris (GROP) pour prodiguer son savoir chorĂ©ique oĂą il distingue la mĂ©trique de la rythmique, comme a Ă©tĂ© distinguĂ© l’oral de l’écrit dans le langage chorĂ©o-musicale.

  

En 1983,  Le printemps de Bourges commande une Ĺ“uvre, concert spectacle d’une heure et demie Ă  Jauk, Armand Elmaleh/Lemal. Il crĂ©e laors  l’OpĂ©ra Dakka, il finance les enregistrements live et studio, d'un maxi 45 tours. Le label indĂ©pendant Madrigal confie Ă  l'illustrateur Copik Buntz de rĂ©alisĂ© la pochette, inspirĂ© de l'oeuvre "origine du monde" du peintre Gustave Courbet, mais la mère incarnĂ©e de la MĂ©diterranĂ©e est si controversĂ©e quelle fut retirĂ© de la distribution. Son premier 33 tours Ă©ponyme sortie en 1986 trouve difficilement son public mais la tournĂ©e reste un succès en avec sa compagnie en France et jusqu'au Maroc en 1988. Il est alors reconnu comme un pionnier, père de la fusion et de la World Music.

 

En 1986 il est rĂ©pertoriĂ© parmi 100 batteurs percussionnistes internationaux dans le classement PAISTE, il devient un ambassadeur de la marque Suisse. (*Photo en bas de page)  

 

Artiste tout terrain, Ă  la fois poète et scientifique ne cessera dans les annĂ©es 90 et 2000 de s’exprimer avec force en France et au Maroc pour la paix en MĂ©diterranĂ©e. Il partage ses opinions sans filtre et contribua Ă  l'apparition de la nouvelle scène marocaine par ses concerts spectacles Jazz, de Asilah Ă  Ouarzazate, et par ses textes explicites chantĂ©s en darija, français et espagnol, Largement diffusĂ© en radio l'annĂ©e 1988 avec titres les titres Dakka Game, Gnaoua Blues,  la balade Bleue MĂ©diterrannĂ©e,les trois prophètes de son 33T "Jauk Armal".

 

1992, il reçoit la distinction "Arts, Sciences et Lettres" en tant que compositeur. Continuant toujours la scène il dispense des ateliers, et des master class Ă  l'universitĂ© de Bemsik de Casablanca.  

 

En 1994 il quitte Paris pour s'installer Ă  Marseille, la naissance de son fils marquera un grand tournant important dans sa vie personnelle.

 

Dans ses allers retours au Maroc, il a insufflĂ© aux jeunes artistes de l'audace, de la curiositĂ© et de la confiance en eux. TĂ©moin privilĂ©giĂ© et artiste acteur de la scène franco marocaine, il partage ses Ă©motions, ses sensations, ses sentiments... en rythmes sur tout objet sonore, identifiĂ©s ou non.

 

En 1996 il revient pour un Concert spectacle Ă  la FOL de Casablanca. Ă€  Marseille il poursuit son rĂŞve  mĂ©diterranĂ©en. InvitĂ© Ă  de nombreuses confĂ©rences sur l'expression des cultures du Maghreb et de la MĂ©diterranĂ©e, il accompagne la naissance de la culture plurielle Ă  travers ses Ă©changes dans l'enseignement du rythme, et son statut d'artiste.

 

En juin 1999, à la Fédération des Oeuvres Laïques de Casablanca, il est dans le comité qui formera le premier tremplin du Boulvard (EAC boulvard). Depuis plus d'une génération, il percute dans toute les oreilles et les corps pour partager ses improvisations.

 

Les annĂ©es 2000, il prĂ©pare son jubilĂ© de carrière avec maturitĂ© et sagesse « Jauk Â» pour qui « Sans le rythme rien n’est possible Â» vibre toujours autant de sa passion, il trĂ©pide de ville en ville au Maroc pour faire entendre son Dakka et lancer de nombreuses collaborations artistiques et associatives.

 

En 2009 sa mère dĂ©cède, il retourne vivre Ă  Bouskoura oĂą il projette ses activitĂ©s associatives et rĂ©unis grand nombres d'acteurs associatifs et militants, offrant Ă©galement des rĂ©sidences artistiques Ă  ces disciples  de passage. 

 

En 2010 il signe une crĂ©ation collective intitulĂ© "AKKAL" pour la cĂ©lĂ©bration internationale de la "journĂ©e de la terre" (earth day network) Ă  Rabat, avec les grands de la scène musicale marocaine, tout genre confondu, un hommage Ă  la nature. 

 

Il anime des ateliers pour les enfants dans les Ă©coles et conserve sa fougue quand il s'agit de frapper les esprits. InvitĂ© au Festival Gnaoua, Musique du Monde d'Essaouira en 2015, il rĂ©unit parmi les meilleurs musiciens de la nouvelles scène pour faire revivre sa musique et les chansons mythiques de son "OpĂ©ra Dakka". Avec un final avec Maâlem Aziz Baqbou ils offrent une fusion ancestrale moderne. 

 

Doyen Ă  Casablanca du mouvement de la scène urbaine casablancaise, il joue en septembre 2015 au Festival L'Boulevard accompagnĂ© par la troupe du Théâtre Nomade, de Mohammed El Hassouni, avec qui il travaille en crĂ©ation musicale de pièces de théâtre pour petits et grands comme "L'os" en 2015 et "Les Oiseaux". Nombreuses sont les initiatives qu'il entreprend ou qu'il rejoint  pour la valorisation des apprentissages artistiques auprès des moins favorisĂ©s dans les quartiers populaires et les zones rurales.

 

En 2016 il est appelé à la direction artistique du Festival Européen de Jazz au Chellah à Rabat, une consécration qui l'honore et lui permet de transmettre à la relève du Jazz marocain, son Dakkajazz et sa reconnaissance pour le patrimoine rythmique marocain.

 

Quelques parutions comme "Casablanca, nid d'artistes" co-Ă©crit par Leila Slimani et Kenza Sefrioui aux Ă©ditions Malika, ou encore l'ouvrage collectif "Promesses d'Afrique" prĂ©sentĂ© par Mustapha Bencheikh et Yves Geffray, aux presses universitaire de  l'IUR, (Rabat) restaurent sa mĂ©moire son oeuvre et complètent sa biographie.  

 

Depuis 2009, avec la complicité de vidéastes, écrivains et militants associatifs, un film documentaire réalisé par Mickaël Clouet est en court de production. Florilèges de moment de créations, de voyages et de combats pour la liberté, l'oeuvre contenant des archives personnelles de l'artiste et des enregistrements exclusifs, évoque également le rôle de l'artiste dans la société, d'hier et d'aujourd'hui. Un appel à financement participatif sera proposé fin 2019.

 

2019 : invité par l'Atlas Electronic festival et Boiler Room à Marrakech il se fait l'écho de l'histoire et revient sur le devant de la scène internationale avec son groove et son Electro-Dakka. (*Photo page d'accueil)

 

Une journée spéciale hommage à l'artiste est organisée par L'institut Français de Casablanca, le 26 octobre 2019, l'occasion de rencontres, expositions, créations et débats.

 

 

Dernière modification : Aout 2019

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